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Éco-anxiété : comment mieux vivre avec ses émotions face à la crise écologique ?

Dernière mise à jour : 30 juil.

éco-anxiété, prendre soin de la Terre

Vous ressentez de l'inquiétude, de la tristesse, de la colère ou un sentiment d'impuissance face aux bouleversements écologiques ? Vous n'êtes pas seul(e). De plus en plus de personnes sont profondément touchées par les crises environnementales et s'interrogent sur la manière de vivre avec ces émotions sans se laisser submerger.


Dans la majorité des cas, ces émotions ne sont pas le signe d'un trouble mental, mais une réaction profondément humaine face à une réalité bien réelle. C'est pourquoi je préfère parler d'éco-lucidité : une conscience des enjeux écologiques qui s'accompagne d'émotions parfois intenses, mais aussi d'un profond désir de protéger le vivant.


L'éco-anxiété est souvent liée aux inquiétudes suscitées par le changement climatique, l'effondrement de la biodiversité ou les pollutions. L'éco-lucidité est en grande partie due à un sentiment d'impuissance face à la taille de la menace mais surtout face à l'inaction des politiques. Ce sentiment d'impuissance est d'autant plus présent chez les jeunes, les femmes, les minorités et les plus pauvres (rapport Ademe, 2025;  P. Servigne & N.Obadia, 2024).


Mais si nous souffrons aujourd'hui, ce n'est pas seulement à cause de la dégradation des écosystèmes. C'est aussi parce que notre lien au vivant s'est profondément fragilisé. Retrouver ce lien est, selon moi, l'une des clés pour mieux traverser ces bouleversements.


Dans cet article, je vous propose de mieux comprendre ces éco-émotions, de découvrir pourquoi elles apparaissent et d'explorer des pistes concrètes pour les accueillir, retrouver de l'apaisement et transformer ce que vous ressentez en une capacité d'action durable.


Sommaire

Éco-anxiété ou éco-lucidité : quelle différence ?

Le terme d'éco-anxiété est réducteur et se réfère à l'anxiété qui est un état de trouble psychique causé par la crainte d’un danger. Une peur trop importante d'une menace qui n'est pas réelle (Albert Moukheiber, 2025).

Or ici , le danger bien réel, la disparition de notre planète et de toutes les espèces qui y vivent. La peur que cela arrive est réelle et sensée.

L'éco-anxiété existe bien mais elle s'applique des personnes en souffrance, qui subissent des retentissements majeurs sur leur fonctionnement global. Le comportement est devenu envahissant (les personnes ne peuvent pas profiter de la journée parce qu'elles ont vu quelqu'un acheter une bouteille d'eau par exemple).

Le terme éco-lucide est moins restrictif et inclut des personnes qui peuvent se sentir tristes ou en colère voir inquiètes pour la planète sans se considérer comme éco-anxieux.se.


A retenir

  • L'éco-anxiété est une réaction humaine normale face à une situation écologique préoccupante.

  • La tristesse, la colère ou la peur face aux crises environnementales sont des éco-émotions.

  • L'enjeu n'est pas de supprimer ces émotions mais d'apprendre à les écouter et à les transformer.

  • Le lien au vivant peut devenir une ressource pour retrouver de l'apaisement et du pouvoir d'agir.


Pourquoi ressent-on de l'éco-anxiété et des éco-émotions ?

Comme je le précisais plus haut, l'éco-lucidité n’est pas un trouble mental. De ce fait, l’éco-lucidité ne se soigne pas. Nous devons apprendre à vivre avec nos éco-émotions (ensemble d'émotions que l'on peut ressentir face aux problèmes environnementaux et sociétaux) et avec l’incertitude. C’est un long cheminement, que l’on peut comparer à un deuil. Le deuil de la planète telle qu’on la connaissait, le deuil de l’avenir qu’on imaginait pour la planète. De nombreuses personnes parlent aujourd'hui de deuil écologique : le deuil d'un monde que l'on voit disparaître, des paysages qui changent ou de l'avenir que l'on imaginait.


Les éco-émotions peuvent apparaitre plus ou moins brusquement, suite à un événement :

  • une catastrophe écologique plus ou moins proche de chez nous (la perte d'un endroit qu'on aime),

  • un documentaire,

  • un choc émotionnel,

  • l'appartenance à un groupe social (habituation au discours),


C’est souvent un cheminement avant une prise de conscience qui va amener de nombreux questionnements accompagnés d’émotions fortes. Parfois, et c'est mon cas, il n'y a pas de déclic mais c'est juste ancré en nous depuis toujours, cette conscience d'être ni au-dessus, ni à côté la nature, mais d'être la nature.



Comment mieux vivre avec l'éco-anxiété ?

  • Accepter l’incertitude, lâcher prise, accepter la perte de contrôle,

  • Accepter la mort. L’éco-lucidité fait ressortir la peur de la mort, qui est un sujet tabou dans notre société,

  • Partager son expérience et participer à l'action collective : être entendu, soutenu et pouvoir agir collectivement peut atténuer les sentiments d'isolement et d'impuissance.



Des pistes pour mieux vivre avec l'éco-anxiété


L'éco-anxiété n'est pas nécessaire à la prise de recul. Nous avons besoin de paniquer mais pas au prix de notre propre vie. Si on est éco-anxieux, nous ne pouvons pas lutter car nous sommes paralysé par la souffrance.



Se reconnecter au vivant pour apaiser ses émotions

Une façon d'aborder les éco-émotions est de renouer avec le vivant. C'est d'ailleurs l'un des fondements de l'écothérapie. En retrouvant un lien sensible avec la nature, nous renouons aussi avec nous-mêmes et avec nos émotions.


Être vivant, c'est ressentir. Pourtant, notre société nous a progressivement appris à nous couper de nos émotions autant que du reste du vivant. Nous ne savons plus toujours les écouter, les comprendre ni leur faire une place.


La dégradation de notre santé mentale est corrélée à celle des écosystèmes et à l'affaiblissement de notre lien au vivant. Retrouver ce lien, c'est sortir de notre solitude d'humains et retrouver le sentiment d'appartenir à une communauté plus vaste, celle du vivant.


Notre culture moderne nous a souvent appris à nous considérer comme séparés de la nature. Pourtant, nous sommes profondément interdépendants : notre corps, notre respiration, notre alimentation et notre santé dépendent en permanence des autres formes de vie qui nous entourent. Recréer un lien sensible avec le vivant permet de retrouver une place plus juste : non pas au-dessus de la nature, mais au sein d'elle.


La nature, les animaux, les plantes ne sont alors plus de simples objets ou des ressources. Ils redeviennent des êtres avec lesquels nous pouvons entrer en relation. Changer notre regard sur le vivant, c'est aussi changer notre regard sur nous-mêmes et réenchanter notre manière d'habiter le monde.



Comment se reconnecter au vivant ? Cela peut passer par :

  • Contempler et personnifier la nature, les éléments de la nature,

  • Prendre conscience de notre appartenance à la Terre, s'enraciner, être conscient des saisons,

  • Remercier la nature pour ce qu'elle nous apporte (rituels), ne plus voir les ressources en terme d'appropriation,

  • Respecter la vie, toute forme de vie,

  • Renouer avec ses émotions, les laisser s'exprimer et les écouter et notamment apprivoiser ses peurs,

  • S'informer : savoir comment sont fabriquées les choses (objets, vêtements, ..), connaitre les espèces, le fonctionnement des écosystèmes,

  • ...



Eric Bardot : " tant que l'écologie restera une vision opératoire, purement technique et politique, tant qu'elle ne comprendra pas qu'elle questionne la dimension de sens et de l'Universel, on ne fera qu'échanger une mécanique par une autre et le problème persistera. Ce qui active la dimension universelle, c'est la dimension expérientielle, pas les constructions intellectuelles. Le partage d'expériences, les témoignages, le faire ensemble. L'affect."


Créer des espaces pour accueillir ses émotions

Vivre l'instant présent

Le travail en thérapie consiste également à développer le contrôle de la méta-cognition (c'est à dire les pensées sur les pensées). Pour cela, il y a la pleine conscience qui permet de s'observer faire, être dans l'ici et maintenant. La pleine conscience permet d'avoir une action et non une réaction en pilote automatique.

Cela peut passer par la méditation mais également par toute les activités qui nous permettent d'être connecté avec notre intériorité (la création, le jardinage, ...).



Créer des espaces d’expression pour les émotions

L'émotion n'est pas l'ennemi de la raison. Elle en est l'élan, l'énergie. Et le corps en est le socle. Les émotions sont le langage du corps, les ignorer nous fait prendre de mauvaises décisions (P. Servigne & N. Obadia, 2024).


L’accompagnement et l'écoute sont des zones de libre expression des émotions, ils permettent notamment d'identifier, de nommer, de comprendre et d'accepter les émotions qui nous traversent. L'objectif étant de comprendre le besoin qui se cache derrière l'émotion et de le nourrir.


Comment favoriser l'expression de ses émotions ?

Plusieurs outils permettent l'expression des émotions, l'activité créative en est une.

Elle stimule la créativité mais favorise aussi l’expression émotionnelle en améliorant le sentiments d’autonomie et de compétences et en diminuant le sentiment d'impuissance. En structurant et transformant nos émotions en matière, elles deviennent constructives et peuvent amener à des actions, des transformations intérieures, des prises de consciences.


La nature peut également être vue comme un espace d'expression des émotions et d'apaisement. On ne compte plus le nombre d'études qui ont démontré que le temps passé dans la nature améliore la santé physique, réduit le stress, l'anxiété et les symptômes de dépressions (J'y reviendrais très bientôt dans un nouvel article!).



Passer à l'action

On considère souvent l’action comme le seul remède à l’éco-anxiété. Pourtant pour inscrire nos actions et engagements dans la durée, il faut prendre en compte nos émotions et éviter le « burn out » du militant. De plus, il n’y a pas une seule façon d’agir mais tout un panel d’actions que chacun peut mettre en place.

L'important est en premier lieu de prendre soin de soi et de son entourage pour créer une bulle de sécurité qui permet de tenir dans la durée, sans s'épuiser pour continuer à s'investir dans l'action collective.

Alors quel est notre vision d'un futur souhaitable ? Quelles actions pouvons nous mettre en place à notre échelle pour accéder à ce futur ?

La question mérite que l'on se pose un instant... car "Prendre du recul, c’est faire une pause pour être propulsé plus loin" (P. Servigne & N. Obabia, 2024).


Vous vous reconnaissez dans cet article ?

Si vous ressentez de l'éco-anxiété, une perte de sens ou un sentiment d'impuissance face aux bouleversements écologiques, je propose des accompagnements en écothérapie, à Breteil près de Rennes ou à distance. Ils offrent un espace pour accueillir vos émotions, vous reconnecter au vivant et retrouver une manière d'agir qui vous ressemble.




ADEME, 2025. Eco-anxiété en France. État des lieux, seuils de préoccupation clinique, variables déterminantes. 86p. https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/8137-eco-anxiete-en-france.html

Albert Moukheiber, 2025. Eco-anxieux ou systemico-furieux ? Podcast Notre raison Brule. https://www.vodio.fr/vodiotheque/i/22798/albert-moukheiber-partie-1-eco-anxieux-ou-systemico-furieux/

Pablo Servigne et Nathan Obadia, 2024. Le Pouvoir du Suricate. 208p. https://www.lepouvoirdusuricate.com/

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