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éco-anxiété : Êtes-vous éco-anxieux.se ? éco-sensible ? éco-lucide ?

Dernière mise à jour : 31 oct.

éco-anxiété, prendre soin de la Terre

L’éco-anxiété n’est pas un trouble mental. Il est tout à fait normal de ressentir des émotions fortes lorsque l’on se renseigne sur les sujets environnementaux. Pour être plus juste, je préfère parler d’éco-lucidité.

Une personne éco-anxieuse ou éco-lucide est une personne consciente et pleine d'énergie d'action mais qui n'arrive pas à canaliser cette énergie.


L'éco-lucidité est en grande partie due à un sentiment d'impuissance face à la taille de la menace mais surtout face à l'inaction des politiques. Ce sentiment d'impuissance est d'autant plus présent chez les jeunes, les femmes, les minorités et les plus pauvres (rapport Ademe, 2025;  P. Servigne & N.Obadia, 2024).



Pourquoi je préfère le terme d'éco-lucidité ?

Le terme d'éco-anxiété est réducteur et se réfère à l'anxiété qui est un état de trouble psychique causé par la crainte d’un danger. Une peur trop importante d'une menace qui n'est pas réelle (Albert Moukheiber, 2025).

Or ici , le danger bien réel, la disparition de notre planète et de toutes les espèces qui y vivent. La peur que cela arrive est réelle et sensée.

L'éco-anxiété existe bien mais elle s'applique des personnes en souffrance, qui subissent des retentissements majeurs sur leur fonctionnement global. Le comportement est devenu envahissant (les personnes ne peuvent pas profiter de la journée parce qu'elles ont vu quelqu'un acheter une bouteille d'eau par exemple).

Le terme éco-lucide est moins restrictif et inclus des personnes qui peuvent se sentir tristes ou en colère voir inquiètes pour la planète sans se considérer comme éco-anxieux.se.


Comment devient-on éco-lucide ?

Comme je le précisais plus haut, l'éco-lucidité n’est pas un trouble mental. De ce fait, l’éco-lucidité ne se soigne pas. Nous devons apprendre à vivre avec nos éco-émotions (ensemble d'émotions que l'on peut ressentir face aux problèmes environnementaux et sociétaux) et avec l’incertitude. C’est un long cheminement, que l’on peut comparer à un deuil. Le deuil de la planète telle qu’on la connaissait, le deuil de l’avenir qu’on imaginait pour la planète.


Les éco-émotions peuvent apparaitre plus ou moins brusquement, suite à un événement :

  • une catastrophe écologique plus ou moins proche de chez nous (la perte d'un endroit qu'on aime),

  • un documentaire,

  • un choc émotionnel,

  • l'appartenance à un groupe social (habituation au discours),


C’est souvent un cheminement avant une prise de conscience qui va amener de nombreux questionnements accompagnés d’émotions fortes. Parfois, et c'est mon cas, il n'y a pas de déclic mais c'est juste ancré en nous depuis toujours, cette conscience d'être ni au-dessus, ni à côté la nature, mais d'être la nature.



Comment y faire face ?

  • Accepter l’incertitude, lâcher prise, accepter la perte de contrôle,

  • Accepter la mort. L’éco-lucidité fait ressortir la peur de la mort, qui est un sujet tabou dans notre société,

  • Partager son expérience et participer à l'action collective : être entendu, soutenu et pouvoir agir collectivement peut atténuer les sentiments d'isolement et d'impuissance.



Concrètement ? Que peut-on mettre en place pour sortir de l'éco-anxiété et mieux vivre avec son éco-lucidité?


L'éco-anxiété n'est pas nécessaire à la prise de recul. Nous avons besoin de paniquer mais pas au prix de notre propre vie. Si on est éco-anxieux, nous ne pouvons pas lutter car nous sommes paralysé par la souffrance.



Se (re)connecter au vivant et développer ce lien

Une façon d’aborder les éco-émotions est de se reconnecter au vivant, de se reconnecter à soi même et daccepter ses émotions. D’accepter que c’est cela être vivant, c’est d'avoir des émotions. Nous nous sommes tellement coupé de nous même et du vivant que nous ne savons plus les entendre, les comprendre, les accepter.

La dégradation de la santé mental est corrélée à la dégradation des écosystèmes, à la dégradation du lien au vivant. Retrouver et développer notre lien au vivant, c'est nous sortir de notre solitude d'humain. La nature, les animaux, les plantes passent du statut d'objet à celui de sujet. Nous pouvons transformer n’importe quel objet en personnage pour réenchanter le monde.


Comment se reconnecter au vivant ? Cela passe par :

  • Contempler et personnifier la nature, les éléments de la nature,

  • Prendre conscience de notre appartenance à la Terre, s'enraciner, être conscient des saisons,

  • Remercier la nature pour ce qu'elle nous apporte (rituels), ne plus voir les ressources en terme d'appropriation,

  • Respecter la vie, toute forme de vie,

  • Renouer avec ses émotions, les laisser s'exprimer et les écouter et notamment apprivoiser ses peurs,

  • S'informer : savoir comment sont fabriquées les choses (objets, vêtements, ..), connaitre les espèces, le fonctionnement des écosystèmes,

  • ...


Eric Bardot : " tant que l'écologie restera une vision opératoire, purement technique et politique, tant qu'elle ne comprendra pas qu'elle questionne la dimension de sens et de l'Universel, on ne fera qu'échanger une mécanique par une autre et le problème persistera. Ce qui active la dimension universelle, c'est la dimension expérientielle, pas les constructions intellectuelles. Le partage d'expériences, les témoignages, le faire ensemble. L'affect."



Vivre l'instant présent

Le travail en thérapie consiste également à développer le contrôle de la méta-cognition (c'est à dire les pensées sur les pensées). Pour cela, il y a la pleine conscience qui permet de s'observer faire, être dans l'ici et maintenant. La pleine conscience permet d'avoir une action et non une réaction en pilote automatique.

Cela peut passer par la méditation mais également par toute les activités qui nous permettent d'être connecté avec notre intériorité (la création, le jardinage, ...).



Créer des espaces d’expression pour les émotions

L'émotion n'est pas l'ennemi de la raison. Elle en est l'élan, l'énergie. Et le corps en est le socle. Les émotions sont le langage du corps, les ignorer nous fait prendre de mauvaises décisions (P. Servigne & N. Obadia, 2024).


L’accompagnement et l'écoute sont des zones de libre expression des émotions, ils permettent notamment d'identifier, de nommer, de comprendre et d'accepter les émotions qui nous traversent. L'objectif étant de comprendre le besoin qui se cache derrière l'émotion et de le nourrir.


Comment favoriser l'expression de ses émotions ?

Plusieurs outils permettent l'expression des émotions, l'activité créative en est une.

Elle stimule la créativité mais favorise aussi l’expression émotionnelle en améliorant le sentiments d’autonomie et de compétences et en diminuant le sentiment d'impuissance. En structurant et transformant nos émotions en matière, elles deviennent constructives et peuvent amener à des actions, des transformations intérieures, des prises de consciences.


La nature peut également être vue comme un espace d'expression des émotions et d'apaisement. On ne compte plus le nombre d'études qui ont démontrées que le temps passé dans la nature améliore la santé physique, réduit le stress, l'anxiété et les symptômes de dépressions (J'y reviendrais très bientôt dans un nouvel article!).



Passer à l'action

On considère souvent l’action comme le seul remède à l’éco-anxiété. Pourtant pour inscrire nos actions et engagements dans la durée, il faut prendre en compte nos émotions et éviter le « burn out » du militant. De plus, il n’y a pas une seule façon d’agir mais tout un panel d’actions que chacun peut mettre en place.

L'important est en premier lieu de prendre soin de soi et de son entourage pour créer une bulle de sécurité qui permet de tenir dans la durée, sans s'épuiser pour continuer à s'investir dans l'action collective.

Alors quel est notre vision d'un futur souhaitable ? Quelles actions pouvons nous mettre en place à notre échelle pour accéder à ce futur ?

La question mérite que l'on se pose un instant... car "Prendre du recul, c’est faire une pause pour être propulsé plus loin" (P. Servigne & N. Obabia, 2024).




ADEME, 2025. Eco-anxiété en France. État des lieux, seuils de préoccupation clinique, variables déterminantes. 86p. https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/8137-eco-anxiete-en-france.html

Albert Moukheiber, 2025. Eco-anxieux ou systemico-furieux ? Podcast Notre raison Brule. https://www.vodio.fr/vodiotheque/i/22798/albert-moukheiber-partie-1-eco-anxieux-ou-systemico-furieux/

Pablo Servigne et Nathan Obadia, 2024. Le Pouvoir du Suricate. 208p. https://www.lepouvoirdusuricate.com/

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